Macron : une anguille à la sauce hollandaise ?

La candidature Macron est importante. Elle l'est sur un plan purement politique. Elle a cassé ce qui reste du modem et marginalisé le dernier survivant de la classe politique des années quatre-vingt : François Bayrou. Elle a probablement cassé la dynamique d'unité socialiste que le Manuel Valls voulait construire autour de sa personne. Elle aurait fait beaucoup de mal à Juppé s'il n'avait été éliminé aussi radicalement aux Primaires de la droite et du centre. Elle l'est également sur le plan économique puisque la restauration d'un moteur économique puissant est au centre de son discours, ce qui rejoint la démarche de François Fillon. Venant directement du premier cercle du président sortant, qui a porté et la loi Macron et la loi El Khomry, cela met un coin terrible au sein du PS. Valls paraît jouer petit bras et les frondeurs ne peuvent que sentir une indicible force répulsive.

La candidature Macron est également habile. Il a réussi à faire passer un message d'enthousiasme. Son livre révolution est absolument vide. Mais on aurait tort de le juger sur sa vacuité programmatique. Il n'a pour but que d'affirmer des enthousiasmes (l'entreprise, l'Europe, les nouvelles technologies, …) et de balayer des miasmes (le socialisme ringard, la droite ringarde, le syndicalisme ringard, …), la ringardise étant associée à un passéisme dégénéré. Le but est de plaire aux femmes et à la jeunesse, tout en ouvrant les bras à l'immigration, à l'Europe et au Monde. Le but est de caler François Fillon dans le camp des tristounets en attendant d'en faire un croque-mitaine.

Ce genre d'exploit médiatique n'est pas si rare que cela. C'est au fond ce qu'avait réussi à faire un temps François Bayrou. L'ennui de ce genre d'approche, c'est sa vulnérabilité dès qu'on entre dans le dur des programmes. En 2007 Bayrou était au sommet de sa forme et comptait comme Macron actuellement sur une cote située entre 15 et 19 % des intentions de vote. Sur tous les grands sujets la réponse était la même : ce sera bien parce que ce sera moi aux commandes et que j'irai chercher les meilleurs. Au final, cela n'a pas suffi.

Macron a senti le danger et décidé de donner des éléments de programme qu'au compte-gouttes lâchant élément par élément, comme on pèle un oignon odorant. Suffisamment pour épicer le discours, mais en évitant de faire pleurer.

Ce qu'il a divulgué hier dans sa première grande réunion comme candidat démontre qu'on a toujours tort de sortir de l'ambiguïté, la grande maxime du Mitterrandisme, reprise par François Hollande. Il y a beaucoup et probablement trop de hollandisme dans le programme Macron. Comme Hollande, il évite de s'attaquer de front aux grands tabous. On ne touchera pas aux trente-cinq heures ; on ne touchera pas aux fonctionnaires ; on ne touchera pas à la sécurité sociale ; on n'augmentera pas la TVA "qui frappe les plus faibles". Bref, on rassure tout le monde. Il y aura plein de boucliers partout. le changement sans changement, il n'y a que cela de vrai. "On va faire confiance aux Français, déconcentrer à mort, décentraliser pleinement (à moi Bretons et Corses) ; on va faire confiance à l'Europe". Revoici le langage du grand écart : la proximité champêtre plus les directives européennes. Une contradiction ? Quelle contradiction ? Et le gouvernement français, il fait quoi au milieu de ce déchaînement d'énergie au dessus et au dessous ?

Mais Monsieur, c'est très simple : il distribue. On va redonner de l'argent aux actifs en supprimant une grande part des charges salariales qui seront renvoyées sur …les retraités. Oh pas tous : les 40 % les plus riches. Allez hop ! À ces salauds de retraités aisés qui votent de toute façon à droite, on va piquer 1.7 % de leur revenu. C'est quoi 1.7 ? Presque rien. De quoi ils se plaignent ? Toujours les mêmes ces riches qui ne veulent pas sauver la France en se faisant égorger fiscalement. Et ceux-là, ils ne pourront pas s'exiler. Dans la pratique cela veut dire que le taux marginal d'imposition va passer de 65.5 à 67.2 %. Encore un effort et on sera au 75 % hollandais. Et cette mesure ne pèse en aucun cas sur l'entreprise triomphe Macron-les-beaux-yeux-bleus-ni-degauche-ni-de-droite. Pour les retraités la pilule sera amère : l'inflation repart. On pense qu'elle dépassera 2 % en 2017 et il n'y a plus d'indexation. Ils vont perdre 4 % sur la totalité de leur revenu mais 8 à 10 % sur le disponible : et oui, les fameux retraités aisés sont déjà souvent taxés à plus de 50 %. Si on tient compte des charges fixes de logement, l'impact sera plutôt autour de 20 %. Mais cela,  on ne poussera pas l'honnêteté jusqu'à l'avouer.

Les premières mesures annoncées (comme on les comprend à travers un discours, mais elles seront peut-être explicitées par écrit) n'auront aucun effet sur les entreprises, ce ne sont pas elles qui paient les charges salariales. Elles ne facilitent pas la compétitivité (comme la TVA sociale). Elles n'augmenteront pas la demande globale (on en fait un simple transfert d'une catégorie sociale à une autre). Et on recommence à séparer les bons Français corvéables à merci qui sont chargés de payer le vote d'un candidat. Hollande, nous voilà !

Comme Hollande on est pour tout ce qui est pour contre tout ce qui est contre, dans le verbiage de l'enthousiasme, on contourne tous les nœuds gordiens qui se dénoueront tout seuls, on ne touche à personne sauf à une partie de la population "aisée" corvéable à merci et qui aurait bien tort de crier à l'injustice.

On revient à la démarche de Hollande. Évitements divers, refus de traiter les sujets qui fâchent, et achat de vote démagogique. Sans aucun résultat à attendre sinon un méchant retour de bâton en moins de deux ans.

En fait cela donne de la marge à François Fillon qui n'aura qu'un mot à dire : qu'est-ce que ce programme change et en quoi peut-il sortir le pays de l'ornière où il se trouve. Tout le monde il est gentil tout le monde il est beau c'était en 1968. Faire du socialo-hollando-centrisme soixante-huitard n'est pas ce qu'on attendait du jeune Emmanuel Macron.Mais quand on est haut fonctionnaire et banquier d'affaire on ne peut pas s'attendre à ce qu'on casse la baraque. L'important est la conservation de l'Administration et la préservation des affaires réservées aux 100 milliardaires qui comptent vraiment pour les choses sérieuses et dont une partie finance sa campagne. Ceux-là veulent d'abord la paix sociale. L'avilissement national ne compte pas. La symbiose entre haute fonction publique et affairistes mondialisés doit perdurer. Et qu'on ratisse les retraités moyennement aisés (40 % du total tout de même) les gêne moins qu'une manif un peu rude de la CGT.

Voici que Mélenchon a du grain à moudre.

Décidément non. Cette approche Macron n'est pas la bonne pour la France, même s'il faut attendre que toutes les mesures qu'il propose sortent de la boîte pour en juger définitivement. Elle ne permet pas de détourner le Titanic français de sa course folle vers la falaise grecque. Seulement de détourner l'attention.

Dommage.



Qui doit créer la monnaie ?

Le système bancaire mondial  est en faillite virtuelle depuis 2006. Il a inévitablement craqué en 2008. Les pertes latentes accumulées lors des décennies précédentes avaient  atteint plus de dix  mille milliards de dollars, un gros multiple du capital des banques. Les constater aurait été équivalent à accepter la perte de tous les dépôts dans les banques occidentales. Pour éviter ce scénario catastrophe, on sait que la solution retenue a été de créer de la monnaie banque centrale à tout va (16 mille milliards de dollars), de créer plus de 60 mille milliards de dettes nouvelles à taux presque nuls,  de transférer une partie du fardeau aux Etats et aux contribuables, et de rechercher, sans trop de succès,  un peu d’inflation pour limer progressivement le bloc  de dettes, sans que les porteurs ne se sentent trop floués. La création monétaire des banques centrales a été telle que les taux sont devenus négatifs, et que les banques ont répercuté sauvagement sur le déposant, sous forme de taxe, l’usage d’un compte courant par ailleurs imposé par la puissance publique.  En même temps on a cherché à encadrer, en l’étouffant, les activités bancaires, à l’aide de deux techniques : des législations de plus en plus contraignantes et une obligation de couverture en capital des différents marchés de prêts bancaires.

Le plus significatif, dans ce désordre, est l’absolu dédain pour les causes réelles de l’écroulement bancaire, mis simplement à charge des traders et de leur goût prétendument nouveau pour le lucre.  Du coup, des  contradictions monstrueuses  se sont fait jour entre une doctrine économique basée sur le libéralisme et des pratiques absolument liberticides :

-          Obligation de payer en monnaie de banque pour que le fisc puisse tracer toutes les transactions.  Cette obligation d’utiliser les banques pour le moindre règlement et pour stocker sa monnaie est une violence d’état, pas un choix des usagers.

-          Droit des Etats à voler une partie des dépôts, c'est-à-dire de la monnaie conservée de façon forcée dans les banques

-          Limites nombreuses à ce qu’on peut faire de son épargne liquide.

-          Droit accordé aux banques de taxer ad libitum les déposants

-          Canalisation fiscale vers des placements finalement à merci des Etats et gérés par les banques avec risque de spoliation fiscale.

-          Interventions dans la liberté contractuelle et les règles de rémunérations

-          …

Au nom d’un libéralisme de façade, on a créé un système totalement anti-libéral.

On prétendait, en mettant sur le pavois les idées de Milton Friedmann,  que la monnaie était « une marchandise comme les autres » dont la valeur devait s’établir sur des marchés, et voilà que l’Etat ou ses succursales, multiplie les voies de fait contre les usagers de la monnaie.

Naturellement la crise dure. On ne peut pas faire sans conséquences d’aussi grands écarts entre idéologie affichée et réalité, entre motivation légale des institutions et pratiques contraires, entre les faits et les causes.

Les peuples ainsi maltraités au profit de la survie des banques, et accessoirement de leurs dépôts, se rebiffent contre l’idée dominante qui a laissé le système bancaire créer inlassablement une monnaie aventurée dans le financement du néant, sous la supervision borgne des banques centrales. 

Le balancier part dans l’autre sens. Le pouvoir de création monétaire des banques est soudain à l’encan démocratique.

Un rapport signé par un parlementaire islandais du Parti du progrès, Frosti Sigurjonsson, préconise d’enlever aux banques le pouvoir de créer de la monnaie. Une votation suisse pour une « monnaie pleine » suit  avec  succès la procédure, en ayant obtenu plus de 100.000 signatures. Il y a aura vote en 2018.  Le débat sur le rôle des banques centrales et la « distribution d’argent au peuple par hélicoptère » va dans le même sens et rejoint la polémique sur la règle imposée en 1973 qui interdit  aux banques centrales de financer directement les Etats.

Du coup,  on ressort les propos d’économistes qui, très nombreux au cours de ces trois cent dernières années, ont eu la tentation de priver la banque du droit de création de monnaie laissant le seigneuriage  au profit des Etats. De Ricardo à Maurice Allais, ils sont extrêmement nombreux.  Il est vrai que depuis longtemps on associe avec raison le cycle décennal à la purge périodique des excès de crédits bancaires. En soulignant que les pertes colossales  provoquées par  la crise de 2008 ont largement  le fruit d’une création monétaire débridée des banques, on réactive automatiquement le débat sur « qui doit créer de la monnaie ? ». Le FMI a curieusement contribué à échauffer les esprits en publiant l’étude de Jaromir Benes et Michael Kumhof : The Chicago Plan Revisited (Retour sur le plan Chicago) qui discute les  propositions d’Irving Fisher qui vont dans ce sens qu’il avait formulé dans les années trente,  à la suite de la faillite en chaîne de milliers de banques.   (http://archive.wikiwix.com/cache/?url=http%3A%2F%2Fwww.imf.org%2Fexternal%2Fpubs%2Fft%2Fwp%2F2012%2Fwp12202.pdf)

La question est tout de même assez technique et, il faut l’avouer sans fausse pudeur démocratique,  assez largement au dessus des moyens de tous ceux qui n’ont pas longuement étudié la question. Le grand public est néanmoins appelé à la trancher. On peut le craindre car le sujet contient d’excellentes perspectives démagogiques :

-          Les banques sont mal aimées

-          L’idée que de l’argent gratuit pourrait se retrouver dans la poche de tous sans rien faire est tentante.

-          Le tout peut s’enrober dans une idée simple du bien commun opposé aux vilains profiteurs

-          Toute critique de ces merveilleuses mesures  peut être écartée d’un revers de la main comme achetée par le système financier et portée par des « complices » des banques.

Le terrain est meuble pour semer des graines de passion et obtenir une jolie mobilisation. Des centaines de milliers de personnes ne comprenant pas toutes les arcanes du sujet peuvent se trouver séduites par un grand coup de pied dans la fourmilière et « arrive que pourra, au moins on se sera défoulé ».  C’est un peu le même mode d’agrégation de réflexes « anti-système » que l’on retrouve dans l’idéologie qui veut que les monnaies locales soient parfaites et les monnaies d’Etat mauvaises, ou qui laisse croire que la taxation des opérations financières aboutirait, en trois minutes, à sortir le monde de la pauvreté, des difficultés écologiques, et des grandes épidémies.

L’initiative marche aussi bien en Islande où le système bancaire, croyant appuyer sa création monétaire extravagante sur des actifs mondialisés considérés comme réels, s’est effondré du fait de la faiblesse des « collatéraux », provoquant des pertes que la place ne pouvait couvrir (elles étaient de plusieurs fois le PIB marchand Islandais) et la Suisse où des pertes considérables ont été subies par UBS et le Crédit Suisse plusieurs fois supérieurs également au PIB suisse mais où les traditions bancaires et les pétromonarchies pouvaient aider à faire face sans trop inquiéter le citoyen suisse.

 

Voici donc la castration des banques devenue un thème politique et un levier pour les activistes  qui cherchent à dresser  les « masses conscientisées » contre la « globalisation néolibérale ».

L’occasion nous est donnée de rappeler les thèses développées ici depuis 8 ans :

-          Les banques ne créent de monnaie que de façon contrainte. Elles sont plutôt des amplificateurs de liquidité. La monnaie qu’elles créent devrait être gagée sur la croissance de revenu provoquée par l’investissement productif. Elles sont constamment sous la menace d’une demande de conversion de comptes-courants en monnaie banque centrale et elles doivent donc conserver un portefeuille de prêts négociables et escomptables. Si les banques se sont mises à battre monnaie de façon délirante, la raison en est à chercher dans les sources primaires de liquidité et principalement les retours de balances de paiements excédentaires dans le système bancaire des pays déficitaires.  Si on laisse d’énormes excédents et d’énormes déficits se produire, le pays excédentaire ne peut plus investir les gains de devises en interne (il est déjà hyper compétitif), et la devise étrangère se stérilise. Alors il la replace dans le pays où elle a cours. C’est ainsi que l’Allemagne puis le Japon puis la Chine ont créé des hélices doubles de crédits avec les pays déficitaires de contrepartie, surtout les Etats-Unis. Elles ont provoqué les crises de 73-74, 92-93 et 2008-2009. L’afflux de liquidité n’ayant plus de rapport avec la production, les banques ont financé massivement des faux-espoirs de plus values.  Les banques ont été le principal vecteur des pyramides de crédits, mais les énormes déséquilibres de balances de paiement sont la vraie cause des crises successives. Il faut donc mettre fin à un système qui permet de tels déséquilibres, si l’on veut agir sur la cause primordiale et pas l’amplificateur.

-          Le concept de banque universelle, dont la gestion se fait en symbiose avec l’Etat est un désastre, même si ce modèle est le chouchou préféré des banquiers et des hauts fonctionnaires français. Nous considérons que la banque de paiement doit être distinguée de la banque de crédit, qui doit elle-même être distinguée de la banque d’investissement. Les ressources des banques de crédit et d’investissement doivent limiter la « transformation », afin que des crédits à court terme ne viennent pas financer des investissements à long terme.

-          La banque de paiement est une société de service. Elle assure la conservation de la monnaie et organise ses mouvements. Le progrès technique et la concurrence doivent permettre de faire baisser le coût de garde et le coût de transaction. Naturellement, l’usager paie pour le service et la fausse gratuité du compte chèque disparait. Si le déposant (qui fait du coup un vrai dépôt) veut conserver son encaisse liquide, il le laisse en compte courant, où il est inaccessible : la banque n’en prend pas possession.  Il est d’usage de considérer que le coût de la partie gestion de compte pour l’usager est actuellement masqué car pris en compte partiellement par le banquier.  L’informatisation a changé la donne : la partie paiement et conservation voit ses coûts baisser de façon étonnante. La banque doit faire face à de nouveaux concurrents tous les jours sur ce segment. Le mouvement est donc clair vers une autonomisation de la fonction « tenue de compte et paiement ». Si les banques de paiements sont des sociétés de service, on ne voir guère d’inconvénients à ce que des réseaux de géants mondialisés se constituent, avec une capacité d’amortir les investissements techniques sur une grande échelle, baissant encore le coût facturé au déposant. L’important est d’éviter les monopoles.

-          Les banques de crédit fonctionneront à partir d’argent emprunté sur le marché monétaire. Les banques spécialisées dans des marchés particuliers dont les durées de prêts seront ajustées. Elles pourront également escompter auprès de la banque centrale un portefeuille de prêts afin d’obtenir une liquidité nouvelle non préexistante dans le système. Comme les marchés de devises sont interconnectés, elles pourront acheter des liquidités en excédent  à l’étranger et convertir les devises pour couvrir leur besoin de liquidité. Mais comme les grands excédents et déficits seront bannis et que nous considérons que les changes fixes et ajustables sont le seul moyen d’éviter les trop gros déséquilibres, le risque d’une abondance excessive de liquidité est impossible. 

-          L’ensemble du système que nous proposons évite les paniques bancaires,  sauf vol direct des dépôts dans les banques de paiement par un état spoliateur et vorace, ce qui parait inconcevable car parfaitement inutile. Il limite les crises périodiques en évitant partiellement les effets d’emballement.

-          Son risque est de faciliter la thésaurisation. Mais on voit que ce risque existe déjà.   

-          Pour une croissance de trois à quatre pour cent par an, il ne faut pas une création monétaire gigantesque. Si les encaisses désirées restent stables, le refinancement monétaire des investissements financés à découvert par les banques augmentera au rythme de la croissance.

-          Reste la question des financements de l’Etat. Utiliser les banques centrales pour alimenter directement le trésor n’est pas une solution, sauf pour le financement d’investissement que seul l’Etat peut faire et dont il est certain qu’ils créeront directement ou indirectement du revenu. Cela devrait rester interdit, en temps ordinaire pour le financement de l’impasse primaire. Le risque, sinon, est de créer une inflation incontrôlable.  Pour les investissements publics longs, il n’est pas absurde que les Etats s’endettent prioritairement auprès de la banque centrale, sous réserve de règles prudentielles extrêmement sévères. Il n’est par exemple, pas question que l’on finance une hausse des salaires des fonctionnaires de l’éducation nationale sous prétexte que l’investissement dans les hommes est un investissement productif.

-          La question des circonstances exceptionnelles, des dépressions lourdes, des collapsus, comme dans les années 1930 ou les années 2010 est évidemment différente. Là, presque tous les moyens sont bons. L’important est de ne pas se mettre dans de telles situations. La seule solution est dans un bon système monétaire international, basé sur les changes fixes, la responsabilité des Etats vis-à-vis du change, et l’interdiction ou la pénalisation des gros déficits et des gros excédents.

Est-ce à une procédure référendaire qui faut confier l’ensemble de ces questions ou à une conférence internationale ? La seconde solution serait sans doute la meilleure. Mais un nouveau Bretton Woods est-il simplement possible ? Peut-être des votations peuvent-elles en créer les conditions. Mais il est difficile de faire face à la complexité par des simplismes, encore que de toute éternité on sait qu’il faut parfois trancher les nœuds gordiens avec plus de violence que de réflexion.

Didier Dufau pour le Cercle des Economistes e-toile.


La grande surprise des récentes élections

Le charme des élections est le nettoyage des mentalités qu'elles permettent. Des époques se ferment, d'autres naissent.

L'élection de Trump traduit de façon sévère la déception économique et sociale d'une globalisation où le bénéfice des grands groupes mondialisés, dégagés de toutes entraves, s'accompagne d'une stagnation redoutable dans les pays développés. Perfectionner à l'infini les trois libertés de mouvements de capitaux, de marchandises et de personnes, vocation que se sont attribuée de multiples organisations internationales et différents groupements d'élites qui se considèrent transnationaux par intérêt et par philosophie, n'est plus le mantra des peuples.

Le Brexit marque la volonté populaire des Anglais de ne plus voir le pays envahi par des hordes d'étrangers et de retrouver sa souveraineté sur les questions d'organisation de la société. Le Royaume-Uni, théoriquement le grand vainqueur de la mondialisation financière, ne trouve pas son compte dans l'exclusif succès de la City, surtout quand il se traduit par des pertes abyssales et une montée sans précédent du chômage, des dettes et des impôts.

La remarquable percée de François Fillon, grande surprise des primaires pour ceux qui ne veulent rien voir, dans un autre genre, marque la fin de la complaisance de la droite pour une gauche, dont l'assujettissement au marxisme-léninisme s'étiole sans fin depuis la chute de l'URSS, et dont la nécessité politique a disparu depuis qu'elle a abandonné sans vergogne les classes populaires. L'énarchie compassionnelle marquée par l'étatisme envahissant, la complaisance vis-à-vis des fonctionnaires et de leurs syndicats, la fiscalité confiscatoire, s'est mariée trop longtemps avec un "sociétalisme pour bobos post-soixante-huitards", venu des Etats-Unis. Appuyé sur des slogans creux, le "politiquement correct de l'altérité", avec la glorification de l'autre, censé porter toutes les vertus, et la culpabilisation du cœur de la nation, considéré comme un ramassis de "beaufs moisis", a fini par faire sombrer la nation dans le chômage de masse, le remplacement de la population, un niveau de dettes insupportables, l'exil des entrepreneurs et des familles aisées et le développement de hordes de personnels à statut dont le poids est devenu insupportable.

Le choix final de la "primaire de la droite et du centre" tranchera la question de savoir si la droite persiste dans sa soumission au politiquement correct gauchiste et sa complaisance vis-à-vis de la haute fonction publique, transpartisane, arquée sur ses propres privilèges extravagants et prête à tous les compromis sur le dos de la nation pour conserver lesdits privilèges.

Peut-on encore accepter qu'une caste administrative se soit approprié le champ du politique, multipliant les conflits d'intérêts, en cherchant sa survie dans le discours politiquement correct, les cadeaux au peuple et la fiscalité confiscatoire ? la France a globalement choisi pendant quarante ans de financer par la dette une extension démentielle des effectifs publics. Nous avons montré ici que la situation française s'apparente à celle de la Grèce avec les mêmes effets. Et un risque pour l'énorme masse des fonctionnaires de se retrouver en première ligne en cas de hausse des taux d'intérêt. Les retraités grecs de la fonction publique ont subi deux réductions successives de près de quarante pour cent de leurs retraites. Les écoles et les hôpitaux ont cessé d'être approvisionnés. Quand un état n'a plus d'argent, il n'a plus d'argent et les premiers à souffrir sont les fonctionnaires. Qui peut douter que nous nous rapprochons tous les jours de la falaise grecque ?

Il est donc tout à fait normal que l'arbitrage se fasse à droite autour de la question en apparence "comptable" des effectifs rémunérés exclusivement par l'état. Il faut ajouter aux effectifs sous statuts des fonctions publiques, les contractuels et surtout les innombrables employés des associations qui se sont substituées à la fonction publique pour exécuter des politiques publiques.

La croissance des effectifs salariés des associations a été longtemps supérieure à celle des fonctionnaires proprement dits. On parle d'un recrutement sur 20 ans de plus de 1 200 000 personnes.

Ce phénomène se voit bien quand on regarde le cas de Paris : 55 000 fonctionnaires plus 20 000 salariés d'associations entièrement financés par la Ville. 75 000 personnes pour gérer une ville de 2 000,0000 d'habitants, alors que Tokyo se contente de 12 000 employés municipaux pour 12 000 000 d'habitants. Et Paris est devenu une porcherie repoussante, sans autre attractivité qu'un tourisme qui se dérobe du fait des attentats et de l'état lamentable de la ville.

Plus généralement, l'emploi nouveau se concentre sur les lieux de retraite agréables d'un côté, et les grandes villes universitaires de l'autre. Certaines villes de province ne vivent plus que des activités financées par l'argent public. Limoges et surtout Vienne, visitée récemment, sont typiques d'une évolution extrêmement dangereuse. Si l'Etat fait face, comme en Grèce à une asphyxie financière, ces villes seront étranglées. Et, on en trouve désormais des dizaines.

Il est normal que le conflit entre Fillon et Juppé se cristallise sur la question des effectifs de la fonction publique. Fillon devrait profiter du ralliement de Bruno Le Maire pour annoncer dès aujourd'hui la séparation de la politique et de la haute fonction publique en proposant comme nous le demandons depuis 20 ans que nul ne puisse recevoir deux rémunérations de l'Etat et qu'on ne puisse pas être élu dans une assemblée qui fixe votre rémunération et vos conditions d'emplois. L'intégration de la fonction publique dans la sécurité sociale normale est indispensable. On sait que les hauts fonctionnaires ont commencé sous Pétain à construire un système pour les autres en évitant soigneusement d'en faire partie. Il faut ajouter la suppression du statut d'emploi à vie, sauf pour des catégories très spéciales de hauts fonctionnaires dont l'emploi doit être protégé des alternances brutales, en gros la catégorie A + . Dans ce moignon résiduel, il faut réduire drastiquement le nombre des statuts différents. On doit également empêcher la cogestion des ministères par les syndicats qui n'ont strictement aucune raison de définir les politiques publiques. Le droit de grève doit disparaître dans les fonctions publiques, comme cela se fait partout ailleurs. On ne peut pas à la fois donner des statuts protecteurs à des personnes à qui on confie l'Etat et leur permettre de se retourner contre l'Etat.

À partir de ce socle, il deviendrait possible de réduire le périmètre de l'Etat à des politiques publiques essentielles.

On sait que pour Juppé, qui était en communion totale d'idée avec Rocard, un tel programme est intolérable. Mais il a tort de le dire impossible. L'attrition des effectifs sous contrats d'état peut concerner plus d'un million d'équivalents temps plein. Le non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux, permet, joint à une augmentation du temps de travail et à un allongement de l'âge de la retraite, d'atteindre l'objectif de réduction globale du nombre de personnes intégralement payées par l'Etat tout en assurant le nécessaire rajeunissement de la pyramide des âges de la fonction publique. Bien sûr ce sont des chiffres globaux. La pyramide des âges n'est pas la même dans toutes les parties de l'appareil d'Etat. Certains secteurs doivent être poussés d'autres réduits plus brutalement.

Cette politique est difficile, parce que la hausse de la durée de travail va entraîner des coûts à court terme élevés. Mais on oublie de dire qu'un poste de salarié à vie du secteur public implique aujourd'hui le paiement d'une retraite d'en moyenne 25 ans. 500 000 emplois publics en moins, c'est la possibilité de payer 500 000 personnes pendant 25 ans avec le même budget étatique. Comme la dette des retraites d'Etat n'est jamais évaluée et publiée officiellement, le grand public ne comprend pas que le recrutement de 2 000 000 de personnes sous contrat public a eu des effets monstrueux sur l'emploi non public, la croissance et l'endettement. Il vaut mieux avoir cinq millions de fonctionnaires travaillant un peu plus que cinq millions cinq cent mille. C'est meilleur pour la dette, c'est meilleur pour l'emploi, c'est meilleur pour la productivité globale, c'est meilleur pour le pouvoir d'achat, c'est meilleur pour réduire la pression fiscale, c'est meilleur pour la rémunération des fonctionnaires et leur avenir professionnel

Le pays peut-il continuer à être dirigée par un haut fonctionnaire lorsqu’on sait qu'il faut absolument corriger les effets pervers délétères de quarante années d'énarchie compassionnelle ?

Une fois ce problème tranché, il faudra s'attaquer aux deux grandes questions totalement absentes du débat en cours.

La première est le rôle de l'Euro dans la déréliction française. Ce sera le combat du second tour de la présidentielle. Il ne pourra pas être escamoté. Faut-il comme le disent Mme Le Pen et M. Dupont Aignan, sortir de l'Euro ? Ou peut-on se contenter de réformes plus ou moins profondes de la gestion de la zone Euro ? On trouve là un champ de réflexions considérable. Il va bien falloir en parler au fond. Le "Hourra Euro !", c'est fini.

La seconde est le rôle du système monétaire international dans la crise à un moment où les Etats-Unis prétendent avec Trump faire marcher ses alliés à la baguette et remettent eux-mêmes en cause les bases du système actuel. Il est compréhensible que les primaires de la droite et du centre aient escamoté la question. Il va bien falloir, volens nolens, qu'elle se retrouve au centre de l'agora à un moment ou à un autre.

Changer la "globalisation" ?

L'explosion en plein vol de l'économie baudruche qui a gonflé inlassablement à partir de l'abandon des disciplines de Bretton Woods en 1971 a eu comme première conséquence, que nous n'avons cessé de souligner dès 2008 et qui a été totalement sous-estimée par les commentateurs, l'arrêt des financements internationaux, chaque banque cherchant son salut dans son pré carré national et ses autorités de tutelles. L'arrêt de l'énorme spéculation sur les matières premières internationales, y compris le pétrole, associé au repli des banques, a désorganisé les flux commerciaux usuels.

Comme souvent, les mentalités ont été en retard sur les faits. On demande de partout une "pause dans la globalisation" alors qu'elle est largement arrêtée depuis plusieurs années !

Tout le monde n'a pas été aveugle :

"Le ralentissement prononcé de la globalisation est en partie conjoncturel, lié aux effets de la crise, ainsi qu’au ralentissement de l’économie chinoise". « Il est aussi le résultat de la multiplication des barrières aux échanges et du protectionnisme ainsi que des limites atteintes par la baisse des coûts du transport », ajoute Thomas Held, auteur d’un article annonçant en 2012 que « la déglobalisation a commencé ».

La campagne réussie de Donald Trump, venant après le Brexit, met à mal une autre vue conventionnelle : la "mondialisation néolibérale" aurait été une exigence des "Anglo-saxons". Pour une bonne partie des observateurs dans les médias ou les institutions officielles, "l'horreur de la globalisation" est née de l'élection de Thatcher et Reagan. Et on nous annonce une "horreur de la déglobalisation" associée à l'élection du "monstre" Trump…

Du coup, voilà qu'on demande de partout une "nouvelle globalisation". En France et à gauche, c'est Picketty qui s'y colle dans un article du Monde.

Pour lui il ne faut pas revenir au temps des replis, identitaires et économiques, mais lier les négociations multilatérales commerciales avec "des objectifs plus élevés". Le commerce : pouah ! Mais, puisqu'il en faut, assujettissons à son développement des objectifs dignes d'une humanité supérieure. Dans son esprit, la lutte contre le réchauffement climatique et les inégalités.

Il se trouve que nous-mêmes proposons depuis très longtemps de lier l'ouverture des échanges internationaux à une  autre réforme : celle du système monétaire international. La solution est logique : un achat est toujours constitué d'un mouvement de monnaie et d'un mouvement de marchandise. On ne peut pas s'intéresser à un seul pan de la transaction, en imaginant que la monnaie est un "voile", une huile de graissage, permettant de faciliter les échanges. Si les échanges sont très déséquilibrés cela veut dire que des stocks d'excédents monétaires se forment et on sait très bien, notamment depuis Rueff, qu'ils provoquent des doubles hélices de crédits et poussent l'économie mondiale dans le fameux mode baudruche que nous avons connu pendant quarante ans, avec explosion finale. On doit donc associer le développement des échanges internationaux avec des institutions et des règles qui permettent la stabilité relative des changes, l'absence de spéculation désordonnée sur les monnaies, et l'atténuation des déséquilibres des échanges. Oui, CETA et TAFTA auraient dû être associés à une refonte du système monétaire international.

Pour Picketty, obsédé par le contenu de l'assiette du voisin, ces questions ne se posent pas. Les inégalités sont le problème fondamental. Mais voilà, la globalisation a provoqué  une réduction des inégalités :

« La globalisation a fortement réduit la pauvreté dans le monde et accru le niveau de vie dans tous les pays ouverts aux échanges, en particulier en Suisse. C’est elle qui a permis d’atteindre les objectifs de développement des Nations unies », renchérit Martin Eichler, chef économiste de BAK Basel.

Il est très difficile, pour un socialiste, de constater que les Républiques Socialistes de l'Est et de l'Orient avaient réduit leurs peuples à la misère de masse. Lorsque ces régimes sont tombés, comme l'URSS, ou se sont profondément réorganisés, comme la Chine et l'Inde, un énorme écart est apparu entre les niveaux de vie occidentaux et ceux de ces pays. Une femme vivant à la campagne en Ukraine ne gagnait pas plus de 100 euros par mois ; une paysanne collectivisée chinoise pas plus de 50. La fin des guérillas communistes dans les pays pauvres d'Afrique et d'Amérique du sud, a également permis une reprise de la prospérité. On a donc assisté à un rattrapage économique dans toutes ces nations qui s'est traduit globalement par une réduction massive de la pauvreté et des inégalités. Il faut vivre dans une bulle obsessionnelle pour ne pas voir que la globalisation est, historiquement, une baisse massive des inégalités mondiales  et que ce rattrapage a eu pour conséquence des difficultés certaines pour les secteurs ouvriers occidentaux, mis en concurrence avec des pauvres bien décidés à rattraper leur niveau de revenu et de consommation. On peut analyser en partie le rejet de la mondialisation dans les pays développés comme une révolte des classes moyennes mises en concurrence avec les parties plus pauvres du monde. Si on n'avait pas connu 75 ans de socialisme, le besoin de rattrapage aurait été moindre et les tensions en Occident moins sensibles. C'est malheureusement le genre de constat , en dépit de l'énormité de son évidence, qui ne peut pas être simplement imaginé par un socialiste marxisant.

Non M. Picketty la question de la mondialisation n'est pas la création d'immenses inégalités, puisque ce sont les immenses inégalités imposées par le socialisme violent qui s'estompent avec la globalisation !

Quant au réchauffement climatique, il tient à tellement de comportements qui n'ont rien à voir avec les échanges commerciaux, qu'on ne voit pas ce qu'ils devraient faire dans une négociation commerciale. On retrouve là la tentation permanente des ONG de l'ONU de faire de la morale avec des instruments qui n'ont rien à voir. On l'avait déjà constaté avec la taxe Tobin, sujet technique, transformé, avec mauvaise foi, en instrument de financement de toute une série d'objectifs d'abord sociaux puis écologiques. Dans sa dernière formulation elle devrait permettre de financer la transition énergétique des pays du sud. Sortir le monde de la pauvreté d'un claquement de doigt n'est plus à la mode !

La COB 21 a démontré que des conférences internationales ad hoc avaient leur efficacité. Pourquoi détourner d'autres négociations pour traiter des mêmes questions ? Lorsqu’on parle d'échanges de produits, il est vrai que les normes de production interviennent, qu'elles soient de santé publique ou sociales (travail des enfants par exemple). Mais les négociations actuelles entre Occidentaux concernent essentiellement le secteur des services qui n'a aucune influence climatique avérée. Quant à la Chine, la question actuelle est de savoir s'il faut lui reconnaître le statut d'économie de marché, avec des conséquences de compétition aggravée et dans le système actuel, un risque aggravé de déséquilibres massifs. L'écologie n'a pas sa place dans cette discussion. En revanche les énormes excédents chinois, leur formation et leur emploi, ainsi que le choix de la monnaie internationale à utiliser en Europe pour échanger avec la Chine, sont des thèmes de discussions aussi majeurs que totalement mis à l'écart. Là est le scandale.

Il faut associer la relance de l'économie internationale à une refonte profonde du système monétaire international, avec condamnation effective des gros excédents et des gros déficits. Mais, décidément non. Il ne faut pas fourvoyer les discussions sur le commerce international et la globalisation des échanges dans des discussions qui ressortissent d'un autre registre.

Si on avait, dès le changement de stratégie économique de la Chine, imposé un contrôle de l'équilibre des échanges commerciaux et évité les énormes déficits américains et leurs excédents symétriques en Chine, la Chine aurait cru un peu moins vite et en contrôlant mieux sa pollution et les classes moyennes américaines auraient moins souffert, avec un dérapage moindre des inégalités de rémunérations. Les classes moyennes européennes aussi. Ce qui vaut pour la Chine vaut aussi pour tous les pays à rattrapage.

Réformer le système monétaire va donc dans le sens d'une moindre pollution et de moindres inégalités dans les pays développés. C'est à cette bataille-là que Picketty devrait se joindre, car là est le chemin.

 

Didier Dufau pour le Cercle des Economistes e-toile

Les charges sociales dans la tourmente des élections présidentielles

Il y a dans toute élection une part de défoulement. Une élection est une soupape, pas seulement le choix d'une ligne politique. Et parfois, le défoulement vaut ligne politique, comme on le voit trop souvent ces derniers temps.

La question devient épineuse lorsqu'un pays doit faire face, comme en France, à l'obligation de réformes de structures complexes, socialement sensibles mais indispensables. Prenons par exemple le cas du défaut majeur de la structure fiscale française qui est d'accabler la production au point de lui faire perdre toute compétitivité. Après guerre, la France était ruinée et n'avait plus d'épargne. On a chargé l'entreprise de financer des politiques publiques parce qu'il n'y avait peu d'autres ressources disponibles. Ceci était tolérable tant que l'épargne nationale n'avait pas été reconstituée et tant que l'ouverture commerciale et financière au monde n'avait pas été réalisée. D'autant plus que les mesures prises à la Libération sur le chômage et les retraites n'avaient pas de conséquences immédiates : nous étions en phase de plein-emploi et les retraites, ce serait pour bien plus tard. Les maladies n'exigeaient pas les traitements coûteux que l'on connaît aujourd'hui. Les salaires, dans les hôpitaux, étaient bas, très bas.

Ce système s'est trouvé en décalage avec l'ouverture généralisée des marchés et après 25 ans de rattrapage de prospérité. Dès les années soixante-dix la question était posée d'un changement majeur des assiettes fiscales concentrées sur l'entreprise.

Le rôle des politiques est de" rendre possible ce qui est nécessaire". Il leur appartenait, à cette époque, de mettre en branle et de conduire à terme l'élimination des financements de circonstance. Le but de ces redéploiements était et reste un bénéfice pour tous, pas une réduction de droits pour les uns ni un cadeau pour d'autres. Giscard a bien compris la nécessité de généraliser la TVA mais il a vu l'affaire comme un supplément de recettes permettant de calmer les conséquences de mai 1968 et pas du tout comme une occasion de soulager la production. L'arrivée de Mitterrand et le délire fiscal socialiste qui en est résulté ont bloqué pour une génération les évolutions nécessaires avec comme résultat une hausse continue du chômage.

Le travail reste donc à faire presque entièrement.

Comment insérer des préoccupations de reclassement fiscal majeur dans le processus électoral, notamment présidentiel ?

On a vu que les gouvernements nommés par M. Hollande, qui n'avait rien abordé de ces questions lors de sa campagne électorale, ont tenté une première réforme, l'élimination progressive du financement partiel de la politique familiale par l'entreprise. Compte tenu des faiblesses du Président le résultat a été le blocage du pays et l'effondrement de sa cote à 4 % d'opinions positives ! Les programmes des candidats à la primaire de droite ont, sur ce sujet, des velléités, mais ils sont grevés d'une part par le goût des postures du côté de certains d'entre eux et celui des simplifications stupides du côté des journalistes, l'électorat étant lui-même incapable de se saisir de la complexité des questions posées, faute d'information préalable. Allons au fond des choses ! Faut-il réformer les charges sociales pesant sur l'entreprise, sachant qu'il s'agit essentiellement de transferts d'assiettes, et peut-on le faire de façon bénéfique et consensuelle ?

Il existe trois types principaux de charges sociales sur les entreprises :

- Des charges contributives dont la nature et le montant sont fonction du salaire brut reçu et directement liée à la personne. C'est le cas de la retraite, de l'assurance chômage et des régimes complémentaires de santé.

- Des charges distributives qui n'ont qu'un but : alimenter un pot commun de ressources dans lequel les institutions publiques plongent pour financer des politiques publiques.

- Des assurances liées à l'activité de l'entreprise elle-même, comme la couverture des accidents du travail.

Dans le premier cas, il s'agit de cotisations ou de primes, dans le second d'impôts dont l'assiette est basée sur une partie de la valeur ajoutée de l'entreprise et payée par elle, sans rapport direct avec ses activités, dans le troisième de frais de gestion qui ne sont pas concernés par les réformes car très normalement du ressort de l'entreprise.

Seules les charges distributives ont vocation à être renvoyées sur d'autres formes d'imposition. On peut parfaitement prétendre que c'est l'ensemble des revenus des Français qui doit financer les libéralités en matière d'allocations familiales et de maladie (à l'exception des maladies professionnelles et des accidents du travail). On peut même ajouter la formation en alternance. En France l'éducation est gratuite sauf pour l'apprentissage, ce qui est pour le moins anormal (et anti social). On n'a pas demandé à l'entreprise de financer l'éducation nationale. Alors pourquoi la famille, la construction, la maladie ou l'apprentissage ?

La cohérence voudrait que ces politiques publiques soient financées par l'impôt général et pas spécifiquement par l'entreprise.

Rappelons qu'en 2016, les cotisations concernées étaient sur le salaire brut :

- 0,30 % pour la contribution solidarité autonomie ;
- 12,84 % pour l'assurance maladie depuis le 1er janvier 2016. Elle plafonnait à 12,80 % depuis 1992 ;
- 5,25 % pour les allocations familiales ;
- 0,10 % pour l'aide au logement. Avec les charges liées à l'apprentissage et d'autres charges du même type, on arrive à la louche à environ 20 % de la masse salariale brute.

Compte tenu que celle-ci est d'environ 60 % de la valeur ajoutée en moyenne, si on devait tout transférer, on aboutirait, à la très grosse louche, à une réduction d'environ 12 %.

Ces coûts n'entreraient plus dans le prix de revient et cela permettrait une meilleure compétitivité à l'export. Les charges sont actuellement payées par l'entreprise dès que le salaire est versé. S'il s'agit d'une dépense d'investissement, un impôt est prélevé même si cet investissement n'a pas encore été productif. S'il échoue, la perte s'en trouve aggravée d'autant. Dans toutes les autres formes de prélèvement, l'imposition se fait sur un gain effectivement réalisé. On ne taxe plus un revenu potentiel mais un revenu réel. La mesure est donc logique et favorable aux investissements.

Vers quel autre impôt doit-on transférer ces charges ? Il s'agit bien de transfert et pas de suppression puisque les besoins qu'elles financent ne sont pas supprimés, dans aucun des programmes.

Il n'en existe que trois : l'IR, la CSG et la TVA.

Les bénéficiaires étant les résidents, il serait logique que l'IR et la CSG soient sollicités.

Néanmoins, la TVA a l'avantage de faire payer une partie de ces cotisations lors d'achats de produits étrangers et donc favorise la compétitivité. Le chômage de longue durée et les coûts de reconversion de bassin pouvant être partiellement associés à la concurrence étrangère, qui par ailleurs bénéficie au consommateur, solliciter la TVA n'est pas absurde.

La bonne solution serait sans doute d'affecter la moitié du transfert à la TVA. Mais il y a de quoi débattre sur ce pourcentage.

Pour ne pas écraser les ménages, cela suppose qu'on réduise massivement la dépense publique générale. Il faut associer une réduction de dépense d'au moins 50 milliards d'Euros à cette réforme pour qu'elle soit simplement supportable dans l'ambiance fiscale actuelle.

Quelles seraient les conséquences d'une telle réforme ?

Les entreprises, notamment celles de main-d’œuvre, recouvreront des marges considérables et pourront soit ajuster leurs prix pour être plus compétitifs, soit choisir d'investir, soit donneront une meilleure rémunération (elle-même imposée, réduisant la perte fiscale) aux acteurs. Les artisans et les auto entrepreneurs n'auront plus à payer autant de frais fixes étouffants. L'emploi à domicile sera facilité. L’assistance à la vieillesse impotente également.

On peut espérer des conséquences de long terme favorables à l'emploi, la balance commerciale et l'investissement, et donc également à la recette fiscale.

Peut-on prouver ces bienfaits et les estimer ? Non, avec les méthodes d'évaluation actuelles. Basées sur des modèles macroéconomiques qui n'utilisent que des masses consolidées, tout transfert de charge montre une conséquence nulle, par construction. On n'y tient aucun compte des effets comportementaux à l'échelon du particulier ou de l'entreprise, ni des échanges internationaux. La réduction de la dépense publique y est vue comme une baisse de la demande globale avec des effets déplorables sur l'emploi (le revenu non prélevé étant grevé d'une épargne d'autant plus importante que la réduction de financement porte plus sur les riches !).

Plus ennuyeux encore, l'entreprise baignant dans un système global, il se peut que les événements extérieurs gomment les résultats.

Associée à une hausse du temps de travail et une dévaluation de la monnaie, dans une conjoncture porteuse, la réforme peut produire des résultats spectaculaires. Mise en œuvre en pleine stagnation ou de récession, elle n'aura aucun effet conjoncturel. À l’inverse, l'effet sur les prix de la mutation d'une partie de l'assiette vers la TVA sera quasi nul dans une conjoncture comme celle qui prévaut aujourd'hui. Une fois la réforme installée, les prix ne seront plus influencés.

Inutile d'attendre d'une réforme structurelle une relance conjoncturelle. Les bénéfices ne seront pas immédiats. La mise en œuvre dépendra du climat général des affaires. Les deux dernières périodes très favorables ont été celles des gouvernements Rocard et Jospin qui ont bénéficié tous les deux d'une conjoncture internationale incroyablement porteuse. Malheureusement le premier a aggravé de façon effroyable la dépense publique et la fiscalité, et l'autre a étouffé durablement les entreprises par la réduction autoritaire du temps de travail et la judiciarisation excessive des relations du travail.

L'expérience malheureuse conduite par M. Hollande prouve que "donner et retenir ne vaut". Le transfert partiel des charges familiales, avec réduction ciblée des allocations familiales, après avoir injurié les patrons, tenté de leur appliquer des mesures fiscales vexatoires et pris mille mesures anti-business, dans une conjoncture molle et avec des modalités d'une absurde complexité, n'a pas prouvé que le transfert était une mauvaise chose, au contraire, mais a confirmé qu'on ne pouvait pas mener des politiques contradictoires en même temps, surtout quand une partie de cette politique n'a jamais été annoncée ni même préparée par une concertation ouverte et construite, et qu'on l'abîme en prenant en parallèle des mesures de principe, comme l'inversion des bases du droit du travail, qui n'étaient absolument pas nécessaires pour mener à bien la réforme et qui ont joué le rôle de chiffons rouges.

Le nouveau président devra donc aller plus loin dans cette direction, tout en sachant que l'échec précédent grève lourdement la bonne volonté des parties prenantes, et que ces mesures ne seront pas à elles seules constitutives d'un "choc de confiance", sauf si la conjoncture globale s'y prête, ce qui est loin d'être prouvée. L'expérience allemande montre que le plan du début 2000 n'a commencé à porter des fruits qu'à partir de l'entrée de la conjoncture mondiale dans la phase de croissance ébouriffée qui a précédé l'effondrement de 2008. Ensuite, les bienfaits de la réforme ont rendu la sortie de crise plus facile.

L'autre mesure structurelle caressée par les politiques est la suppression "totale" des charges sociales sur les bas salaires, présentée comme une panacée en matière d'emploi. Qu'en penser ?

Pour les prestations individualisées et basées sur la cotisation, on ne voit pas le sens d'une exonération. En matière de retraite on acquiert des droits, le plus généralement, selon son nombre d'années de cotisation et leur montant. La réforme de structure ici est de supprimer tous les régimes spéciaux et de mettre en œuvre, pour la retraite de base, un système unique par point, chacun étant libre de son système complémentaire (individuel ou collectif). Quelle est la justification de faire supporter à la collectivité, par l'impôt, les privilèges accordés à une catégorie qui n'arrive pas à autofinancer son privilège ? Ce qui est vrai pour la retraite des cheminots l'est tout autant que pour le chômage des intermittents du spectacle. Mais même dans le cas général, on ne voit pas pourquoi le financement de droits individuels à la retraite de millions de salariés au SMIC devrait être mis sur le dos des autres. La retraite est un dispositif de prévoyance pas un exercice de solidarité. Cette dernière doit s'exercer et s'exerce effectivement par d'autres moyens.

Pour cette partie des charges, nous serions plutôt favorables à supprimer la notion de cotisation patronale pour une notion de salaire différé. Cela permettrait de remettre un peu de logique dans les discussions sur ce sujet. Si on veut augmenter le salaire net autrement qu'en augmentant le salaire brut, il devient évident que le départ à la retraite doit être plus tardif, qu'on doit être moins généreux avec certaines formes de chômage etc. Il faut arbitrer entre le disponible actuel et le disponible futur. Plus la décision se rapproche de la personne concernée et moins l'impôt des autres est concerné, mieux le système s'équilibre. On dira : que devient le paritarisme ? Autre chose…

Moins on laissera les syndicats salariaux et patronaux gérer de politiques publiques, le mieux tout le monde se portera. En revanche il ne faut plus les priver des négociations sur les salaires, les conditions de travail, la durée du travail. On ne voit pas pourquoi ils devraient s'immiscer dans la gestion de la maladie, de la construction, de la politique familiale. En revanche on leur a retiré de facto la discussion de branches sur les minimas salariaux et c'était une grande erreur. Qu'on leur rende ce pouvoir. Revenons aux salaires minima par branche et par région discutés par les partenaires sociaux. Et pourquoi pas, en-effet, une plus grande liberté dans l'entreprise pour les modalités.

Il serait bon que tout le monde s'accorde à trouver totalement indécent que les politiques, lors d'élections nationales, jonglent avec les salaires minima et les exonérations de cotisation.

En matière de charges sociales, il faut construire un système rationnel de longue durée, favorable à l'emploi et à la compétitivité. L'adjectif rationnel est ici le mot-clé. Le "court terme" et la démagogie politicienne n'ont pas de sens dans ces affaires.

Le rôle des politiques, et donc des programmes électoraux notamment présidentiels, est de fixer les grands principes. Plutôt que de rester dans le vague ou d'aller trop loin dans des détails, les candidats devraient énoncer les principes rationnels de la politique fiscale à conduire. Faire comprendre la nécessité de supprimer le financement d'un certain nombre de politiques publiques par l'entreprise n'a rien de particulièrement difficile. Définir ces politiques publiques et montrer sur quelles autres assiettes, moins dommageables, on peut asseoir les financements n'est guère plus compliqué. La division droite gauche est en fait sans signification sur ce dossier, comme le sont les fausses divergences des candidats à la "primaire de la droite et du centre".

Ajoutons que ces plans particuliers doivent s'insérer dans un système global lui-même construit pour une croissance pérenne et que les réformes nationales ne peuvent prendre leur efficacité que si on supprime les dysfonctionnements de la zone Euro et du système monétaire international.

Malheureusement, en France, il n'existe plus d'agora où le débat d'idées puisse avoir lieu, sous l'égide de la raison et non des passions partisanes malsaines agitées par des démagogues. Où sont les lieux où peuvent se forger les concepts utiles, les approches consensuelles, les débats qui pacifient ? Le résultat est qu'on finit par demander dans l'urgence des rapports à des experts incertains qui débouchent sur des mesures à l'emporte-pièce non comprises par le pays et déchiquetées par les médias et les partenaires sociaux.

Regrettons-le.

Attention à la colère des peuples !

Depuis huit ans déjà nous supplions les grands dirigeants occidentaux de faire" attention à la colère des peuples". Le "benign neglect" n'est pas seulement dans l'attitude américaine vis-à-vis du dollar. Il l'est aussi dans l'attitude des "élites gouvernementales" et leur support dans les médias vis-à-vis des classes populaires et des nouveaux entrants sur le marché du travail, pas seulement en Occident. Le retard colossal de niveau de vie accumulé par les pays ex-socialistes a créé une telle différence de coût avec l'Occident capitaliste et libéral, qu'il était tentant de l'exploiter. Mais cela ne pouvait pas faire au détriment des masses dans les pays industrialisés. Il fallait que le rattrapage nécessaire se fasse par imitation, pas par substitution. Dans la pratique, cela signifiait qu'il fallait limiter les très grands excédents dans les pays en rattrapage et les très grands déficits dans les pays plus riches.

Malheureusement l'abandon des disciplines de Bretton Woods n'offrait plus aucune garantie de ce côté-là. Bien au contraire. Les conséquences ont été désastreuses. Il était impossible que quarante années de réduction du taux de croissance, jusqu'à la stagnation actuelle, d'aggravation des crises périodiques et de montée ahurissante de la dette, jusqu'à l'asphyxie actuelle, n'aient pas de conséquences. L'explosion de 2008 a eu des conséquences fatales un peu partout. Les "printemps arabes" en ont été une première conséquence. La montée des mouvements anti-système en Europe une seconde manifestation. La réaction russe a été ce que l'on a vu : une fuite en avant dans la violence pour faire oublier l'effondrement économique.

Toutes ces ruptures portaient leçon : il fallait vite comprendre les ressorts de la crise et les juguler. On a rien fait, sinon bricoler des règles bancaires tout à fait secondaires.

L'importance que nous avons accordée aux mouvements de l'opinion en France, à droite, avec Zemmour, Buisson, Finkielkraut, à gauche avec la montée d'une gauche anti-système, traduisait le sentiment qu'un glissement tectonique était en train de se produire. Le principe des trois libertés de circulation des hommes, des capitaux et des marchandises était en train d'être rejeté, non pas dans les médias et des milieux politiques installés, mais au cœur même des populations.

L'élection de Trump a causé la mort brutale de deux composantes fondamentales de notre ordre politico-économique :

- Le monde rooseveltien d'après guerre est mourant

- Un certain politiquement correct est mort.

La curiosité est de constater que le couperet est venu du monde anglo-saxon qui était le promoteur principal du monde rooseveltien, les autres pays se contentant de suivre, si on fait exception de la réaction islamique commencée avec Khomeiny en Iran dès la fin des années soixante-dix, prolongée avec Al Qaeda et qui nous donnes aujourd'hui aussi bien la Turquie d'Erdogan que Daesh.

La première attaque contre la vision de Roosevelt est venue de la guerre froide : en dépit des très nombreux dirigeants américains qui avaient des risettes à Staline en le croyant accessible aux droits de l'homme, il a bien fallu exclure le monde socialiste soviétique de l'idée occidentale d'une société libre et coopérative. Mais pas totalement. L'ONU est restée un lieu de dialogue multilatéral. L'effondrement de l'URSS et le ralliement de la Chine offraient depuis 1990 le moyen de réunifier le rêve de Roosevelt d'un monde uni dans la prospérité et l'exercice des libertés fondamentales. Cela ne pouvait pas passer par le seul consensus de Washington.

La seconde attaque est venue des Etats-Unis eux-mêmes qui ont fait sauter, comme nous l'avons dit, les accords de Bretton Woods et entraîné le monde dans le système fou des changes flottants et des monnaies non coopératives. La destruction du système monétaire international a conduit les institutions internationales construites à Bretton Woods à perdurer dans leur être en se concentrant sur la mondialisation libérale. Alors que le libre-échange était le pendant du versant monétaire, il est devenu une forme de religion obligée qui devait tout balayer des anciennes souverainetés, si possible au profit des Américains et de leurs entreprises. L'ennui, c'est que l'ouverture commerciale sans contrepartie monétaire solide ne mène qu'au désordre. En croyant bénéficier du privilège d'un étalon dollar de fait, les Etats-Unis ont creusé tous leurs déficits et créé des excédents symétriques dévastateurs. Du coup la classe moyenne américaine a été exposée et les déséquilibres financiers et monétaires majeurs ont conduit, certes, à des profits historiques pour les très grands groupes mondialisés, mais au détriment de la classe moyenne américaine et aussi des finances américaines puisque les profits taxables restaient à l'étranger.

Du coup, c'est tout le système de Roosevelt qui est tombé par terre. La coopération libre mais organisée sombre. Au lieu de corriger les erreurs de 1971, on se raidit et c'est tout l'Occident et ses alliés, comme le Japon qui se tirent une balle dans le pied. On ne voit pas comment un homme comme Trump pourrait accepter qu'on crée un système monétaire mondial stable et paritaire. En revanche il pourrait militer fortement pour la fin des grands excédents commerciaux en Allemagne, en Chine, au Japon, dans les pays du Golfe etc. Un premier pas.

Quant au "politiquement correct sociétaliste", qui se double dans des pays comme la France d'un "politiquement correct socialiste", il se trouve décontenancé. La liberté de circulation des hommes est rejetée si elle se traduit par l'effondrement culturel du pays, l'irrédentisme d'immigrés aux religions farouchement anti-occidentales, allant jusqu'aux attentats de masse, l'afflux de Roms reconstituant un ordre mendiant dans des pays où cette engeance avait disparu depuis longtemps, les atteintes permanentes aux libertés concrètes comme au mode de vie depuis que certains veulent imposer "les pauvres" "jusque sur les paliers des riches". Sommées de toute part d'être bon avec l'altérité et d'en subir tous les effets indésirables, alors que la croissance est à l'arrêt et le niveau de vie en baisse, les classes populaires, confrontées directement à la concurrence immigrée et à la substitution de population, se rebiffent, comme les classes aisées dont le revenu est sapé par l'Etat, le mode de vie altéré et l'épargne en grand danger.

Le milieu intellectuel de gauche se trouve pris totalement à contre-pied : il a perdu le peuple et le capital. Il suffit de lire un Krugman aux Etats-Unis pour se rendre compte du désarroi qui frappe tous ceux qui avaient une bonne conscience "de gauche". Un curé sans fidèles est rarement à la fête. C'est le malheur des médias, dominés par la gauche, payés par l'Etat et la pub d'une société de consommation honnie, qui avaient cru qu'ils pourraient exercer un magistère moral sur le populo et qui se retrouvent méprisés et pris à revers lors de toutes les élections.

Quelles sont les chances que cet effondrement permette une reconstruction associative du monde, respectueuse du cœur des peuples, alors qu'il n'y a plus de leadership, plus de puissance dominante clairvoyante et bien intentionnée ?

Faudra-t-il attendre une destruction totale avant de pouvoir reconstruire ?

Peut-on commencer à recoudre dans le chaos politique, diplomatique et économique actuel ?

En tout cas, l'élection de Trump, après le Brexit, marque le fait que la France et l'Europe devront avoir une politique propre et se constituer en puissance et pas seulement en rat crevé au fil de l'eau. Le pire scénario serait l'explosion de l'Euro et l'arrivée d'un parti du type FN aux manettes en France.

Il va bien falloir calmer la colère des peuples avant l'effondrement définitif.

La grande valse des tabous économiques

Certains se sont étonnés de la place que nous accordons ici aux « attitudes », notamment celles dont  la presse témoigne. On attendrait d’un blog économique, semble-t-il, une technicité éloignée de telles fantaisies. Justement, ce blog a été construit pour traiter de questions qui n’étaient pas posées ou mal posées dans les médias où triomphent, malheureusement trop souvent, des erreurs intéressées mais faciles, ressassées mécaniquement.

Ce qu’on appelle l’opinion publique est important en économie, et surtout en France où le poids idéologique est très fort et la concentration de la presse à la frontière de l’asphyxie de la démocratie qui exige un minimum de diversité et de débats. Les livres récents, commentés ici, montrent combien l’économie a du mal à s’extirper de la frénésie castratrice des gardes rouges et des gardes noirs.  Le rachat de toute la presse, y compris sur internet,  par des nababs cherchant exclusivement  à conforter leur maintien dans les allées du pouvoir ne peut pas ne pas avoir de conséquences aggravantes.  

Les grandes questions économiques mondiales, européennes et françaises ont un mal fou à s’insérer dans le carcan des idéologies ou des stratégies de pouvoir. Le monde de l’édition et de la presse écrite, radiodiffusée et télévisée est tellement cadenassé que les faux consensus naissent de l’auto censure autant que des ordres donnés.

Sur tous les grands sujets qui conditionnent les politiques économiques, la dictature du médiatiquement correct éditorialiste est particulièrement étouffante.  Il faut savoir qu’en France ce qui se dit, s’écrit, se publie,  voire ce qui s’enseigne, est sous la coupe d’à peine cinquante personnes vivant en connivence.

Ce qu’on appelle l’information est un roman vaseux construit par des scénaristes prudents et dépendants. La dynamite, ce sont, en général, les faits et les élections. Le terrain n’a plus guère le choix : son avis ne comptera que dans la mesure où il rejettera massivement la pâtée dont on le gave. Et même là, le bloc médiatico-politique fera tout pour obtenir un second vote conforme aux intérêts de la sorte d’oligarchie qui fabrique l’opinion publique. Quant aux faits, on voit que leur pédagogie met du temps à provoquer les prises de conscience nécessaires. Les « éléments de langage » des « médiacrates », appuyés sur l’énarchie compassionnelle d’un côté,  et la complaisance aux gros intérêts de l’autre, le tout enrobé dans l’européisme et l’atlantisme, avec un zeste de social-sociétalisme, ont longtemps empêché toute observation vraie et tout débat utile permettant de « décoder » les phénomènes économiques.

Le côté intéressant de la période est dans les fractures qui commencent à entamer ce bloc. Huit années  de régression sociale, de vol fiscal et de stagnation économique, suivant quarante années de délires bancaires et financiers, et de mondialisation déséquilibrée, ont fini par obtenir leur dû. Les tabous sont à la dérive. Les faux consensus s’étiolent. Le vide organisé pour des raisons d’asepsie nationale, populaire, économique et sociale ne parvient plus à se maintenir.

L’abaissement des nations voulue par Roosevelt et intégré dans le projet européen de dissolution des anciens empires européens, a  conduit à la révolte des peuples qui recherchent à nouveau un minimum d’emprise sur leur destin.

La libre circulation des hommes, des biens et des capitaux qui est à la fois la religion et le modus operandi  des institutions internationales hors sol démocratique est désormais rejetée violemment. L’affaire du CETA qui voit l’Europe des fonctionnaires internationaux  chercher inlassablement à baisser toutes les frontières, en annonçant des gains phénoménaux qui ne se matérialisent jamais, est tout de même instructive.  La CEDH est contestée dans la vocation qu’elle s’est elle-même attribuée de former la règle en matière d’interprétation des droits de l’homme.  La voici qui interdit de sanctionner l’insulte à Président de la république, qui prétend définir les droits électoraux des prisonniers condamnés à de longues peines, qui refuse que l’on sanctionne le vagabondage et l’immigration illégale, qui s’engage à fond en faveur des Roms en interdisant que l’on sanctionne la mendicité organisée, pourvu qu’elle ait une apparence familiale, qui interdit le contrôle des romanichels sans domicile fixe qui , du coup, ne peuvent plus être recherchés en cas de délits prouvés.  Voici donc cinq gus, généralement issus de faux pays comme le Lichtenstein, Andorre, Monaco, Saint Marin, Malte, Chypre  ou la Moldavie, voire de démocraties aussi indiscutables que l’Azerbaïdjan, l’Albanie ou la Bosnie, capables de dire la loi aux millions de citoyens de grandes nations démocratiques, jusque sur des questions comme la GPA ou la PMA , qui, à notre connaissance, n’ont rien à voir avec la sanction des grands crimes contre la démocratie qui sont à la base de la création de la CEDH, dont le rôle initial était de civiliser l’URSS. Le protocole 16 en cours de discussion ira encore plus loin : les autorités juridiques nationales pourront (bientôt : devront)  demander  l’avis de la CEDH avant de prendre la moindre décision.  Son rôle normatif au dessus du Conseil constitutionnel, qui s’était lui-même autoproclamé juge suprême des droits de l’homme  serait ainsi avalisé.. L’abandon de la souveraineté juridique et politique sur les questions les plus graves du droit s’effectue par grignotage insidieux. Tout cela se fait dans le silence des médias et hors du champ de la politique

Seulement voilà : les dettes abyssales, les systèmes bancaires en faillite sauvés en rançonnant les usagers, les impôts confiscatoires, le chômage de masse, l’envahissement par des immigrés non souhaités, la délinquance non poursuivie, non sanctionnée lorsqu’elle l’est, laissée en liberté quand la sanction a été prise,  la perte de l’industrie, la régression sociale subie, font exploser les verrous médiatiques.

Au nom de la création d’une zone européenne sur le modèle américain et totalement inféodée à son maître, dont le seul but est de permettre à des multinationales d’asseoir leur pouvoir sur le monde, en s’affranchissant de toutes contraintes, on a créé un véritable enfer économique et social et engendré le dépérissement de la démocratie.  Et il faudrait ne pas le dire ?

Comment comprendre les succès d’un Zemmour, d’un Onfray, d’un Finkielkraut  sans constater qu’il brise une forme d’omerta subie ? Comment comprendre la contestation des partis socialistes par des excités, sans voir qu’il est tout de même difficile à gauche d’admettre une telle soumission ? Comment comprendre la percée des « populistes » un peu partout  en Europe, sans voir l’abandon des populations « périphériques »  et les effluves de décivilisation qui s’élèvent des trottoirs envahis par des hordes  peu soucieuses de s’adapter aux règles du pays de passage ou de subvention ?

Alors la valse des tabous a commencé, d’autant plus débridée que même le peuple américain s’y met, qui découvre que des multinationales basées dans des paradis fiscaux ne représentent pas la forme ultime de l’efficacité sociale et économique et que l’ouverture totale à la Chine et au Mexique a certes enrichi les entreprises à succès de la mondialisation, mais  a ruiné la classe moyenne. 

Sur un mode mineur, regardons la page 15 du Figaro daté du lundi 30 octobre 2016. On y trouve un premier article qui évoque « le retour en grâce de la politique budgétaire » et un second qui s’alarme de la « souffrance de la libre circulation ».

Un petit retour historique s’impose pour comprendre le caractère révolutionnaire du premier. A partir de l’abandon des accords de Bretton Woods, imposé brutalement par Washington, par pur intérêt national, on a considéré qu’un étalon dollar de fait serait une bonne chose, chaque pays abandonnant sa politique financière et monétaire au profit « des marchés ». Du coup les banques centrales se sont trouvées en première ligne au détriment des trésors publics. De fait, les relances budgétaires ont cessé immédiatement de fonctionner comme l’échec de Giscard et Chirac l’a montré en France dès 1975.  Il appartenait aux banques centrales indépendantes de gérer les merveilleux marchés idéalement libres et non faussés des changes et des taux d’intérêts. On a vu le résultat : des marchés de maquignons peu nombreux et  sans scrupules et la création d’une économie baudruche qui a fini par exploser en 2008.

Nous avons écrit, dès cette année 2008, (http://cee.e-toile.fr/index.cfm/2008/7/6/Crise-conomique--les-quatre-erreurs--viter)  qu’il fallait retrouver une politique globale équilibrée et que le recours aux banques centrales ne suffirait pas. Nous y sommes. Les banques centrales, lancées dans des solutions folles et sans avenir, comme les intérêts négatifs, reconnaissent leur impuissance et appellent les Etats à la rescousse et pas seulement pour demander aux contribuables de renflouer les 13 mille milliards de pertes accumulées dans le monde. Même le FMI s’y met.

L’autre article « découvre » que « la liberté d’établissement dans une structure complexe telle l’union Européenne prend du temps. Elle a besoin de règles…».   Ah ! Ces Christophe Colomb  des nouvelles franchises ! Un peu long à la détente peut-être. Mais ça y est ! En partant de l’histoire de la Suisse qui vient justement de voter contre l’immigration étrangère et qui s’en prend aux frontaliers français et pas seulement aux vilains Musulmans !  Le peuple dit : « assez » !  On lui répond : « complexité à gérer ».  Naturellement  il faut encore s’excuser d’une telle audace : « La liberté du commerce et la liberté d’établissement ont le potentiel de surmonter la stagnation économique ».  Sortez un cierge et faites trois génuflexions ! 

Avant de se lancer dans de telles incantations il faudrait avoir formulé un diagnostic de la crise.  Mais là pas question. Per fide non per ratione.  La foi couvre la raison.

Dans le même ordre d’idée voici l’Allemagne outrée par l’achat par la Chine des trésors de son économie. Elle a laissé la Chine accumuler, en fraude de tous les accords internationaux, des excédents démentiels. Et voici qu’elle les emploie à racheter le capital sacré du cœur de l’industrie allemande ! 

Si on élève en idole sacrée la liberté de mouvement des capitaux, sans réfléchir une seconde aux conséquences, les achats chinois sont légitimes. En vérité, et c’était la règle dans le cadre des accords de Bretton-Woods, les échanges auraient dû être équilibrés.  Cela veut dire qu’on aurait échangé,  entre nations, produit contre produit, travail contre travail. Un pays ne pouvait pas et ne devait pas accumuler des ressources monétaires excédentaires de façon massive et ensuite racheter les entreprises de son débiteur.  Cette règle était sage. A quoi rime d’être pillé par des pays qui ont maintenu leur monnaie à des taux bien trop bas ?  A quoi rime d’être rançonné par des pays pétroliers cartellisés et de leur permettre de racheter vos pépites avec la rançon ?

Une fois de plus, la liberté se chérit mais les libertés s’organisent, notamment entre nations concurrentes et souveraines.  Il est légitime de canaliser la liberté de mouvement des personnes, des capitaux et des biens.

Une écluse laisse passer ce qu’il faut de la  liberté de l’eau pour que son pouvoir bénéfique s’accomplisse sans qu’inondations et sécheresses incontrôlées ne deviennent  ruineuses. 

Le temps est à la canalisation (et non à l’étouffement) des forces de la liberté.  Les tabous qui s’y opposent sont à la dérive. Tant mieux !

Il faut un nouveau Bretton Woods, capable de dépasser les causes de l’échec de la formule initiale et de créer un cadre monétaire et commercial, les deux étant liés, basé sur des principes d’équilibre, de coopération et de parité  qui évitent toutes les dérives dont nous subissons les conséquences chaque décennie de façon plus grave.  Reste à en réunir les conditions.  On est encore loin du but.  L’implosion actuelle des idées fausses  est un heureux préalable. Aucun des articles qu’on lit aujourd’hui n’aurait été écrit l’année dernière.

La valse des tabous n’en est qu’à son début.  Encore un effort !

Didier Dufau pour le Cercle des Economistes E-toile.

Le livre d’Aude Lancelin : plongée profonde chez les journalistes morts-vivants.

Par atavisme familial, nous sommes attentifs au destin des femmes de lettres ayant réussi à monter au plus haut de la hiérarchie de la presse pour s’en voir débarquer sans ménagement par des mâles expéditifs lorsque des évènements trop grands pour eux venaient ébranler leur fragile empire. En général, rode toujours dans le décor une histoire de relation amoureuse inappropriée. Aude Lancelin a choisi de s’unir à Frédéric Lordon. Elle a risqué une position assise à passer ses nuits debout. Ils ne l’ont pas raté.

Il est toujours dangereux d’être indélicat avec les belles plumes. Nicolas Sarkozy en a fait la preuve avec Patrick Buisson. Xavier Niel le découvre à son tour avec Madame l’Agrégée de Service.  « Le Monde Libre » (Les liens qui libèrent - ISBN 979 10 209 0460 7) est bien plus qu’une dénonciation, bien plus qu’un règlement de compte. Exactement comme l’est « La Cause du Peuple ».

Dans un cas comme dans l’autre les auteurs décrivent  une plongée documentée dans le néant. Pour Patrick Buisson, l’effondrement dans le n’importe quoi de Nicolas Sarkozy portait jugement  sur les tourments d’une droite fonctionnant comme un canard sans tête et qui se serait tiré, de surcroît plusieurs balles dans les deux pieds.  Chez Aude Lancelin, on exécute aussi un mort : le socialisme moralisateur de média, dont le mausolée fissuré a été acheté par un pornographe enrichi naguère par le Minitel Rose, et où ne s’agitent plus  qu’une bande d’opportunistes toujours plus serviles.

Autres éléments communs :

-          Tous les deux étaient bien nourris dans le fromage, avant qu’on les en extirpe.

-          Tous les deux ont mal vécu d’être éliminés sans égards particuliers, avec même, de la part des anciens employeurs, une volonté de tuer pour longtemps voire pour toujours.

-          Tous les deux ont une dilection particulière pour les extrêmes. Aude trouve des qualités de la délicatesse aux manières et à la pensée d’un Badiou, dont les deux pieds sont bien plantés dans la mare de sang des 100 millions de victimes du communisme. Patrick Buisson a une vision nationale catholique et pré-républicaine affirmée dont il est d’usage d’affirmer qu’elle tient plus de Maurras que de Barrès, à moins que ce soit l’inverse.  Que ces deux mondes soient morts pour de bonnes raisons n’influe pas sur ces engagements.

-          Tous les deux sont effarés par une mondialisation qui s’est faite sur le dos du peuple et en particulier d’une classe ouvrière nationale qui se trouve privée et d’emplois et de symboles.   

Patrick Buisson décrit un pouvoir d’apparence dirigé par un nain politique qui cherche des slogans démagogiques  et virevolte en fonction de l’idée qu’il se fait de l’état de l’opinion (et de la presse de gauche).

Aude Lancelin décrit un monde médiatique « de gôôôche » qui s’est éloigné du monde ouvrier depuis des lustres et qui s’est mis au service de la « globalisation atlantiste » et d’un PS complètement vidé de la moindre substance, où l’entre-soi  rigolard de pseudo journalistes compromis avec l’argent et le pouvoir est le véritable jeu. Ces social-traîtres ontologiques ont besoin d’un FN diabolisé pour faire semblant d’avoir un rôle moral, ajoutant l’indécence de l’imprécateur à la ruine des idées ouvriéristes, et se flattant d’avoir pris la France intellectuelle en otage, au nom d’un anti-fascisme fantasmé autant qu’intéressé.

Il va de soi que l’arrivée de la triplette tragique, formée du fameux milliardaire du sexe, d’un homosexuel argenté, enrichi dans la vente mondialisée d’objets d’un luxe parfaitement bourgeois, et d’un espoir de la grande banque juive, converti au rockabilly et poussé par l’inévitable Alain Minc, n’est pas pour rien dans l’effondrement de la presse écrite de gauche. Les milliardaires de la presse ne cherchent pas à trouver les nouvelles formes utiles de journalisme à l’heure d’Internet. Ils veulent conserver le pouvoir de nuisance nécessaire à leurs entrées dans les allées du pouvoir.   

On peut contester le roman à l’eau de rose qui voudrait qu’Hubert Beuve Méry ait été ce véritable Saint de référence  qui aurait créé une presse « libérée des corruptions de l’argent et des intrusions de l’Etat ». Après tout l’aventure avait commencé par un vol… cautionné par l’Etat d’alors.  

Mais comment ne pas être d’accord avec la phrase d’après : « le Monde Libre (nom de la coquille vide chargée d’agir au nom de la triplette -Ndlr)  c’était en fait le « monde free », du nom de l’entreprise de télécoms discount grâce à laquelle l’ogre avait bâti toute la fortune profuse qui lui permettait de racheter la presse nationale. Un monde réputé pour son insensibilité achevée au sort de ses salariés. Un monde où ces derniers n’existaient que comme variable d’ajustement  dans la course à l’optimisation des coûts qui était l’unique doctrine de l’ogre une fois retiré le vernis de sa saga entrepreneuriale enchantée ». « Il y avait désormais deux catégories  de journalistes à Paris. Ceux qui travaillaient pour le Monde Libre et ceux qui travaillerait un jour pour lui. Aussi, rares étaient les enquêteurs qui prenaient le risque de se fâcher avec l’ogre et de rappeler les différentes tâches qui figuraient sur son CV. Avant les parrains du CAC 40, l’ogre avait en effet surtout côtoyé les propriétaires de sex-shops de la rue Saint Denis et évolué dans le monde sans lustre des peep-shows. Le futur maître du Monde Libre avait été lourdement condamné en 2006 par le juge van Ruymbeke. Il souhait à toutes forces oublier ce passé qu’un océan d’argent entier n’était pas encore parvenu à laver». « Ce n’est que bien des années plus tard que l’on s’aperçut que l’ogre avait placé de l’argent dans la quasi totalité de la presse en ligne « indépendante » et que de fait celle-ci l’était rarement  dès lors qu’il s’agissait de publier le moindre renseignement gênant sur lui. »

Pour finir, la Reine Aude (dans ce milieu les femmes qui réussissent deviennent aussitôt des « reines », et Madame Lancelin eût un temps le même titre que la Reine Christine que son mariage avec un ex coco reconverti d’abord dans l’humanitaire bobo puis  dans la recherche frénétique d’une retraite élusive, avait porté au sommet de la presse télévisée avant de finir dans le discrédit) tient à mettre les derniers fils bien à nu. « Pour l’ogre qui œuvrait sur ce marché entièrement régulé par l’Etat, la qualité des rapports avec la puissance publique était primordiale. Une location de réseau non renouvelée et c’était toute son affaire de téléphonie mobile qui se serait écroulée ». Voici donc la presse devenue « un simple décor occultant de déshonorantes coulisses » et le journal «une de ces maisons centrales où l’on écrivait le mot liberté sur la grille d’entrée pour chaque jour mieux la saccager ». Voici le journalisme réduit à la seule fonction « de conforter les mensonges grégaires ».  Les rédacteurs en chef intouchables  sont « les hommes de paille de clans ministériels ou d’hommes d’affaires, exécuteurs scrupuleux des intentions de ceux-ci, propagateurs des bruits qu’ils souhaitent voir courir ». L’ogre ne se faisait pas prier pour fanfaronner à ce sujet assurant que depuis que ses associés et lui avaient pris la tête du groupe Le Monde, « il n’avait pas à attendre une demi journée pour être reçu à l’Elysée ».  Il faut dire qu’avec François Hollande le concubinage avec la presse était plus qu’un passe-temps, comme un livre récent et passablement dérangeant l’a si bien démontré.

Ma licence téléphonique contre ma complaisance à illustrer tes éléments de langage et soutenir tes ambitions mêmes totalement utopiques. Voilà le « deal » implicite. Mais il ne faut pas que cela coûte trop cher non plus sur un fond de social libéralisme atlantiste et pro-européen où le patriotisme devient un gros mot et le social une occasion de bien rigoler entre copains à chaque réunion du Siècle. La presse française n’est pas devenue muette. Mais elle accompagne le vide de slogans utiles à la promotion du capitalisme le plus vil ou la candidature d’ « hommes- sandwich »  dans le mépris de toute idée, de tout débat, de toute pensée.

Le livre d’Aude Lancelin mériterait d’être lu en même temps qu’un autre, à écrire, sur les chaînes de la TNT et leur mise au pas par un certain Drahi dont les capacités d’endettement sont aussi surprenantes que ses ambitions ne le sont pas : d’abord chasser de toute tribune la racaille socialiste pro-palestinienne. Contrôler le tuyau pour canaliser le contenu en fonction d’intérêts ou personnels ou propices à certaines influences est le maître mot de l’évolution vers le pire d’une presse ruinée par l’Internet. La puissance des grands intérêts mondiaux et leur capacité à vassaliser le forum interdisent tout débat. Et pousse sur le pavois politique des nullités commodes, heureux d’une carrière en apparence illustre mais qui s’apparente à l’art du ventriloque.

Du coup la France ne parle plus au monde. Sans idées ni débats, elle s’enfonce dans l’auto destruction, la régression économique accélérée, les séries américaines, la substitution de population,  la fiscalité confiscatoire, le chômage de masse, le n’importe quoi diplomatique, les attentats, la régression de la natalité, l’incapacité à résister aux forces étrangères et la soumission générale.

Malheureusement, chère Aude, l’avenir n’appartient pas aux Badiou, à Attac et aux nostalgiques du « socialisme génocidaire ». L’asservissement de la presse de gauche a été précédé par cinquante ans de servitude idéologique vis-à-vis du communisme et de ses mensonges, condamnés à la condition expresse « de ne pas faire le jeu de la réaction », contradiction qui s’est transformée en moralisme anti-fasciste mécanique et en affrontement sans cause entre un camp des bons autoproclamés et des vilains indéterminés. On est passé d’un faux semblant à un autre. D’un théâtre d’ombres à un autre. La réalité a cessé d’être l’objet des réflexions et des analyses au profit de la valorisation de camps fortifiés où devaient régner l’ordre de gardes roses capables d’adorer le lendemain ce qu’ils brûlaient la veille, pourvu que la meute puissent conserver son écu de chevalier du bien. Bien aussi incertain et capricieux que le sens de l’histoire.

Vous avez raison de constater, « aussi inouï que la chose paraisse », que l’Obs n’a réagi «ni à la ruine à grand spectacle du communisme, ni à la reddition  intime du socialisme, non plus qu’aux dérèglements désormais évidents de la mondialisation». C’est vrai de la totalité de la presse de gauche qui depuis longtemps ne se contente plus que d’affirmer sa supériorité morale autoproclamée  sans rien voir de la réalité, le tout grassement subventionné par de l’argent public, avec larges rétributions et honneurs pour les journalistes de cour et de réseaux qui régnent à sa tête.

Mais qu’a dit l’Obs quand les terribles avertissements de Maurice Allais sont venus expliquer « l’horreur économique » qui commençait à s’installer. Silence ou mépris, tels furent les réponses alternatives. Pas question de relayer des propos qui laissaient entendre que la libéralisation totale des marchés provoquerait du chômage de masse, ou que les changes flottants et l’abolition de toutes les règles prudentielles au profit d’une spéculation sans limite aboutiraient d’une façon nécessaire et mécanique à une nouvelle grande dépression suite à effondrement bancaire.  Déjà la transformation de l’éditorialiste en simple curé, Savonarole  d’autant plus excité que le dogme était plus incertain, s’était produite. Le roi du Minitel rose, des sex-shops et des peeps-show n’était pas encore dans la boucle.

Votre livre, chère Aude,  est des plus justes. L’asservissement de la presse de gauche est bien ce que vous en dites. Mais sa décrépitude avait commencé bien avant « la décadence du métier » et la « greffe néolibérale ». Les « opérations de police intellectuelle » y étaient déjà de règle depuis longtemps, de plus en plus loin de l’observation des réalités, de plus en plus loin des vrais débats, de plus en plus loin des questions qui fâchent.

L’avenir du journalisme n’est certainement pas dans le culte servile de parvenus de la pornographie et de la tuyauterie téléphonique associées, il ne l’est pas non plus dans la restauration d’un politiquement correct aigri de la religion communiste.  

Comme Patrick Buisson, vous cherchez l’avenir dans d’improbables restaurations qui n’auront pas lieu. « Le Monde Libre » comme « La Cause du Peuple » sont deux livres dont la lecture est indispensable en ce qu’ils nous donnent à voir l’incroyable décrépitude, et même la trahison,  des grandes institutions médiatiques et politiques françaises. Mais ni l’un ni l’autre ne proposent les métamorphoses nécessaires.

Le travail reste à faire.

Le CETA c'est assez !

Rien n’illustre mieux la dérive des institutions internationales depuis la fin des accords de Bretton Woods que le CETA, le traité de libre échange élargi entre l’Union Européenne et le Canada.  On dira : « que viennent faire ici des Accords qui ont été mis par terre par les Etats-Unis en 1971 ? ». La réponse et toute simple.

Les Accords de Bretton Woods avaient deux faces intimement mêlées : une face monétaire et une face commerciale. Comme la tête de Janus, ces deux faces formaient un tout. Pas de bon commerce sans bonne monnaie. Pas de bonne monnaie sans progrès des échanges.

Lorsque le pan monétaire s’est effondré en 71 et qu’on a abandonné au n’importe quoi le système monétaire international, tous les fonctionnaires internationaux et les économistes associés ont eu un peu honte. On entrait par soumission au Maître, dans un monde inconnu et probablement malsain puisque tous les manuels d’économie à cette date ridiculisaient les changes flottants comme un dispositif d’urgence, intrinsèquement dangereux et à n’utiliser que faute de mieux.

Les lois de l’évolution ont leur logique et la volonté de survie des organisations qui n’avaient strictement plus aucun sens, comme le FMI, créé pour réguler les changes fixes et empêcher les comportements récessionnistes, les a conduit à approfondir le contraire de ce qui les faisaient vivre jusque là. Adieu l’idée que la croissance et le plein emploi soient des responsabilités d’Etats responsables ! Adieu la surveillance des grands déséquilibres ! Après quelques années d’incertitudes, le marché est devenu une forme de bible et la globalisation l’évangile. Créer des marchés « libres et parfaits » est devenue  la mission dirimante

On a concédé aux banques pratiquement tous les bénéfices du seigneuriage, en interdisant aux Etats d’être financés directement par les banques centrales dont  la fonction de régulation  est devenue critique, toute récession ou menace de récession devenant une crise du manque de liquidité banque centrale. Tous les marchés financiers et monétaires ont été libérés, intégrés dans la stratégie de création monétaire des banques, et mondialisés. La suite était prévisible : les énormes déficits et excédents commerciaux ont provoqué des flux spéculatifs massifs et le développement incontrôlé d’énormes masses de dettes spéculatives ; les effondrements périodiques de plus en plus graves et l’arrêt progressif de la croissance, les investissements utiles étant éliminés au profit de l’alimentation d’une économie baudruche constamment plus proche de l’auto destruction. Celle-ci s’est produite en 2008.

Pour le commerce, il ne restait qu’à perfectionner les trois libertés de mouvements des marchandises, des capitaux et des personnes.

Les Etats-Unis n’avaient pas besoin du mouvement des personnes. C’est l’Europe qui s’y est collé, à l’initiative des fédéralistes européens, et d’abord de Delors et des siens. Le Brexit, principalement fondé sur le dégoût d’une immigration incontrôlable, a marqué l’échec définitif de cette utopie.

Restaient à mettre en œuvre les libertés financières et commerciales.

La crise de 2008 et son origine purement financière ont bloqué désormais tous les processus d’ouverture. Les Chypriotes se sont vus voler leurs dépôts. Les Grecs se sont retrouvés avec quelques dizaines d’euros accessibles sur leurs comptes. Aujourd’hui ce sont les contrats d’assurances vie qui sont menacés, l’Etat français se préparant à bloquer toutes les ventes si nécessaire. Il n’y a plus de liberté financière. Tout est cadenassé. Les banques à qui on avait concédé tout le seigneuriage ont en plus été dotées du moyen de taxer l’usage de comptes bancaires dont on imposait l’usage. C’est ainsi que la BNP ose envoyer à une association qui a 800 euros de cotisation par an, un courrier par lequel elle indique qu’elle prélèvera 40 euros de tenue de compte par mois. Pour le seul service d’encaissement des chèques  de cotisations, elle engouffrera la moitié des recettes de ladite association !    Quand les bornes sont franchies, il n’y a plus de limite. Tout cela pour compenser les taux d’intérêts négatifs de la BCE sur les dépôts obligatoires des banques ! Mesure prise pour essayer de sortir des effets délétères des milliers de milliards de pertes des banques emportées dans le maelstrom d’une économie baudruche !

Que reste-t-il à faire aux institutions internationales après l’abandon de Bretton Woods en 71 ? A perfectionner encore et encore le libre-échange des biens et des services, tout en évitant les sujets qui fâchent en se donnant les moyens de soigner leur image en reprenant tout le politiquement correct des ONG. A « l’énarchie compassionnelle » française correspond une « élitomanie compassionnelle » internationale.   

Au terme du processus et alors que les économies occidentales sont par terre, voici donc le CETA, le TAFTA, fariboles diplomatiques convenues  destinées à pousser les avantages de la massification commerciale et culturelle  au format américain.

Si l’Etat Français était encore debout avec un minimum de respect de lui-même, il aurait défini une doctrine sur ce que devrait être sa diplomatie économique extérieure et le Président de la République l’aurait exprimée à haute et intelligible voix.

Pas un mot. Ni des instances politiques, ni encore pire de la presse. Les Français ont découvert le CETA parce que les Wallons se faisaient insulter pour avoir demandé à voir si leurs exigences, formulées naguère, avaient été respectées.  Quand on dit qu’ils ont découvert le CETA, on veut dire l’enveloppe des accords. Parce que, pour le contenu, il n’y a pas de place dans les médias. Les candidats à l’élection primaire de la droite et du centre ne savent même pas ce qu’il y a dans l’accord. Il faut dire qu’il était interdit de le savoir pendant tout le cours des négociations. Et que de toute façon il est trop tard pour faire quoi que ce soit. L’accord est juste à enregistrer. 

Comme pour tous les textes européens, tous, absolument tous, une fois qu’ils ont suivi le processus plus ou moins secret, plus ou moins opaque, qui mène à une décision obscure, s’y opposer devient un acte d’hostilité à l’Union Européenne et assez rapidement  un retour à Hitler. Pas de politique ; pas de technique ; rien ! Sinon un torrent de moraline amorale qui vise à subjuguer et à interdire d’autorité toute réaction.  

La seule chose que l’on sache, c’est que des accords ont été pris dans le dos des peuples  et qu’ils les empêcheront de réagir aux conséquences. Car une fois signés, les accords sont définitivement hors du champ de la politique. Il faudrait l’unanimité des pays de l’Union ! Les Eurolâtres expliqueront que rien n’est la faute de l’Europe et que tous les maux  proviennent de l’attitude indécente des politiciens nationaux qui se dédouanent sur l’Europe de leurs propres péchés. Les souverainistes affirmeront qu’il faut retrouver tous les pouvoirs pour que simplement les problèmes soient posés officiellement et les solutions discutées au fond avant de laisser des négociateurs explorer quels sont les compromis possibles.

Aucun homme politique français ne sait si les accords du Ceta sont bons ou mauvais. Comment pourraient-ils le savoir ? Si le Président de la République se tait, ce n’est pas seulement parce qu’il est pris par ses conversations privées sur tout et rien avec des journalistes, mais aussi parce qu’il ne sait pratiquement rien d’un processus qui s’est joué dans son dos.  

Pour notre part, la vérité est ailleurs. On ne peut pas négocier des accords bilatéraux dans des matières commerciales sans discuter monnaie en même temps.

Ni Tafta, ni Ceta, sans réforme préalable du système monétaire international et sans diagnostic réel de l’effondrement des taux de croissance depuis 1971.  Cette attitude est l’acte fondateur d’une diplomatie de la prospérité. On ne peut parler de libre échange, qu’en précisant ce qui se passe si des déséquilibres majeurs se produisent et les moyens que l’on consent de mettre en œuvre pour les corriger. A quoi rime de baisser de 1 point des droits de douane lorsque le change de la monnaie d’un des pays peut perdre 10 ou 20% de sa valeur en un demi-milliardième de seconde ? A quoi sert d’ouvrir le négoce libre et sans entrave avec un pays ou une zone en très grand excédent ou déficit courant ?

Ce préalable levé, il faut comprendre que certaines formes de production et de consommation, voire d’activités ludiques  touchent à l’identité nationale, et que les règles ne sont ni techniques ni définies pour bloquer les produits étrangers, mais parce qu’elles comptent pour la nation, souvent depuis des lustres et n’ont aucune incidence européenne ou mondiale. Elles forment un corpus inentamable par des négociateurs apatrides. La pêche, la chasse, la tauromachie, les fromages ont été successivement en première ligne européenne et ont provoqué des traumatismes. Les gouvernants nationaux se sont retrouvés à découvert  à chaque fois et dans l’obligation de justifier des décisions qu’ils n’avaient jamais ni discutées ni même connues, les processus européens chevauchant parfois plusieurs  majorités successives.   

Avec le CETA comme le Tafta, les grandes entreprises notamment anglo-saxonnes et plus particulièrement américaines, entendent pouvoir, par des arbitrages extra-nationaux, vaincre en dehors des parlements des législations vues comme des obstacles à leur expansion. On n’est plus dans le libre échange, mais dans l’interdiction de légiférer dans des sphères où la législation nationale peut être considérée comme absolument légitime.

Ajoutons les attitudes ouvertement agressives comme l’autorisation donnée aux entreprises américaines de ne pas rapatrier leurs bénéfices mondiaux et de laisser leur trésorerie dans des paradis fiscaux, pour mieux vaincre leurs concurrents étrangers, en profitant de l’opportunisme de certains petits pays, et la mondialisation devient un objet de crainte et de mépris de la part des nations.  

Dans un pays comme la France où les pouvoirs du Président sont les plus étendus de la sphère démocratique,  son silence sur tous les sujets qui fâchent et son évaporation sur tout ce qui dépend de l’Europe et l’international,  revient à un véritable abandon de poste. Les candidats à la « présidentielle » devraient prendre la mesure de leurs futures responsabilités et avoir une claire conscience des difficultés que leur abstention peut provoquer.  La campagne électorale doit faire apparaître ce que sera la « diplomatie de la prospérité » de la France.

Plus largement, il faut que les institutions internationales se rendent compte que leur rôle n’est pas l’organisation du « village global » loin des peuples, dans le secret de leurs propres ambitions et dans la soumission aux lobbies américains.

Il faut associer les Etats, piliers des politiques économiques, dans un système structurellement coopératif, plutôt que d’essayer de dissoudre les Etats à demi ou totalement vassalisés par les Etats-Unis par des accords de libre-échange poussés jusqu’au sein du cœur de la légitimité nationale et  arbitrés par des tribunaux privés dans un système monétaire structurellement non coopératif.

Il faut ancrer à nouveau la politique internationale, en permettant une coopération multilatérale organisée sur la base de l’égalité des droits et des devoirs.

L’ancre la plus importante est la monnaie. Il faut revenir d’urgence à un système coopératif en matière monétaire internationale, basé sur les changes fixes et ajustables avec responsabilité des Etats sur leurs déficits et excédents. C’est la seule vraie priorité mondiale.

Un président de la République française digne de ce nom devrait avoir en tête cet article pivot de toute diplomatie de la prospérité. Et refuser tout nouvel accord international économique avant que ce précédent ait été levé.

C’est comme si c’était fait !

Didier Dufau pour le Cercle des économistes e-toile.

En écoutant Christine Lagarde

Mme Lagarde, fraîchement réélue à la tête du FMI a présenté les résultats et les projets du FMI  en Séance plénière de l’Assemblée annuelle 2016 du FMI et de la Banque mondiale, à Washington, le 7 octobre 2016.

Rappelons que, peu avant, ses services ont produit un tableau fondamental démontrant que depuis 1971 le taux de croissance par tête s’était effondré progressivement partout pour atteindre désormais un niveau que l’on peut qualifier de stagnation durable.

Ce tableau dont nous avions donné différentes illustrations sur ce site depuis des années et finalement dans notre livre « l’Etrange désastre », justifie notre définition de la « crise » : phénomène durable qui voit la croissance s’effondrer peu à peu, les crises devenir de plus en plus dures et la dette globale s’envoler à des niveaux incontrôlables. Il est clair que le rôle du FMI est d’abord et avant tout de donner une explication de cette crise, préalable à toute suggestion de solution.  

On pouvait penser qu’en réunion plénière, la directrice générale du FMI allait donner enfin et cette explication et les mesures correctrices que le fonds propose.   Après un long délayage sur des questions secondaires, elle en vient en effet à la question clé : La coopération internationale et le rôle du FMI.

Et nous entendons ceci :

« Supposons que nous réussissions à réduire les inégalités économiques au sein des pays. Comment ferons-nous alors pour réduire les inégalités entre les pays. »

Il n’y a rien dans les statuts du FMI qui lui donne mission de lutter contre les inégalités internes ou externes. On retrouve la dérive « sœur Theresa » de l’institution depuis qu’elle a perdu son rôle initial : gérer les changes fixes en permettant des ajustements sans déflation.

« Les pays à faible revenu doivent disposer de recettes publiques plus abondantes et plus stables pour pouvoir investir dans les infrastructures, la santé et l’éducation. Renforcer les capacités dans ce domaine est pour eux une priorité. C’est aussi une priorité du FMI. Chaque année, nous aidons plus de 100 pays à accroître leurs recettes intérieures et nous répondons à une demande croissante. »

On comprend que le nouveau rôle du FMI est d’organiser la collecte des recettes publiques des pays en voie de développement. Là encore, on ne voit rien dans les statuts qui concerne ce sujet. S’il est vrai que  le FMI s’est fait une spécialité de mettre des camisoles de force fiscale en place dans les pays en difficulté de changes, c’était pour accompagner des prêts généreux évitant la déflation.  Le FMI n’est pas une société de conseil en prélèvements fiscaux.  

« Réduire les inégalités signifie aussi créer un dispositif mondial de sécurité financière plus solide pour aider les pays émergents et les pays en développement à mieux faire face à la volatilité. Il sera utile à cet égard de renforcer les instruments de prêt du FMI, et d’intensifier la coopération avec d’autres institutions régionales. »

 On ne voit pas le rapport en inégalité et la volatilité et le rôle du FMI sur ces sujets. Le meilleur moyen de mettre fin à la volatilité est de supprimer les changes flottants et de revenir à un système de changes fixes et ajustables par consensus. Là, pas un mot.  

« Nous avons intensifié nos travaux sur d’autres questions essentielles sur le plan macroéconomique telles que l’inclusion financière, la parité hommes-femmes, la corruption, les migrations et les changements climatiques ».

Aucun de ces sujets ne sont au cœur de la mission du FMI qui a pour but de faire respecter les grands équilibres de balances de paiements et de balances commerciales, en aidant les pays défaillants à revenir dans les clous. L’inclusion financière est du verbiage. Le bon mot est pauvreté. Et la pauvreté est l’affaire de la Banque Mondiale pas du FMI.  

Evidemment quand on se fait prendre en photos sur papier glacé comme la femme la plus puissante du monde et après avoir été nommée « parce qu’on était une femme », on comprend que la préoccupation de la « lutte des genres » soit prégnante dans son esprit.Mais en quoi cela concerne-t-il le système monétaire international ?  

La seule conclusion que l’on peut tirer de ce discours étrange, est que le FMI est toujours en perte totale d’identité et qu’il se cherche un rôle dans le politiquement correct, très ONG onusienne. Faute d’avoir un chef capable de diriger les réflexions vers la seule question qui compte, qui est l’explication de la crise globale et le moyen de la surmonter, nous avons une femme qui cherche à obtenir des effets d’image : le FMI devient une nurserie sympa, dirigée par une femme compassionnelle, pétrie d’humanisme ou mieux de gendrisme,  d’égalitarisme  et d’écologie.

« Voyez comme je suis belle en ce miroir ».

Quel économiste sérieux et quel homme d’Etat peut-il éviter de considérer cette farce comme totalement sinistre, alors que, justement, la Crise, elle, s’approfondit et que partout les sociétés se délitent et que les institutions multilatérales explosent à cause de la durée de cette crise ?  

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Le cercle des économistes regroupés dans E-TOILE autour de Didier Dufau, Economiste en Chef,   aborde des questions largement tabous dans les media français et internationaux soit du fait de leur complexité apparente, soit  parce que l'esprit du temps interdit qu'on en discute a fond. Visions critiques sur les changes flottants,  explications  sur le retard français,   analyses de la langueur de l'Europe,  réalités de la mondialisation,  les économistes d'E-Toile, contrairement aux medias français, ne refusent aucun débat. Ils prennent le risque d'annoncer des évolutions tres a l'avance et éclairent l'actualité avec une force de perception remarquable.

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